par Gabriela Milián Calzadilla.
La condition humaine elle-même a voulu faire de la musique un langage. Je reconnais sans hésiter qu'elle est la plus particulière de toutes. Il n'est pas nécessaire de maîtriser la grammaire des sons pour écouter, ressentir, se laisser porter... Cependant, une croyance se répand dans la mer du quotidien. Une croyance qui pondère parfois l'appartenance de la musique dite "classique" aux générations passées. Si la virtuosité découverte sur la scène est louée quel que soit l'âge de l'interprète, le dilemme revient toujours : la maîtrise acquise lorsqu'on est détenteur de la pleine compréhension correspond, pour l'essentiel, à des esprits expérimentés.
La nature même de l'art dont nous parlons n'est-elle pas suffisamment qualitative pour dynamiser une telle perception ? Il est vrai que la maturité confère des vertus aiguisées et subtiles, mais la jeunesse ouvre sa voie avec impétuosité, frénésie, rage. Pour trouver des réponses, nous pouvons toujours revisiter ce chapitre vital consacré à l'équilibre, où l'on souligne l'utilité d'avoir les deux côtés avant de jouer à pile ou face.
Nos échelles s'arrêtent en ce siècle et nous emmènent sur le site commun, au cœur même d'une ville qui s'accroche à ses gloires. C'est ici, dans la Villa de San Cristóbal, que le festival international Habana Clásica favorise le dialogue entre les générations. Le rêve de Marcos Madrigal, pianiste cubain redevable du savoir légué par son école d'origine, s'est réalisé, et avec lui, maîtres et disciples s'embrassent pour la cinquième fois sur le proscenium.

Pour la deuxième fois, l'événement bénéficie du soutien de la Coopération suisse (Cosude) en tant que donateur principal, par l'intermédiaire de Lorenzo Suárez, directeur adjoint de Cosude et conseiller culturel de l'ambassade de Suisse à Cuba, qui est également le producteur général de cette édition, la plus ambitieuse de celles qui ont eu lieu jusqu'à présent.
Madrigal est bien conscient de l'importance de construire une identité artistique sur des bases techniques et interprétatives solides, une raison qui le motive à suivre des chemins différents afin d'offrir des opportunités aux talents émergents. En ce sens, la synergie avec le Fondo de Arte Joven (FAJ), une plateforme culturelle créée par Cosude en janvier 2023 pour soutenir la création artistique émergente, marque le début d'une étape prometteuse dédiée aux plus jeunes créateurs.
A l'aube de son premier anniversaire, le FAJ est une plateforme collaborative qui rassemble les efforts et les volontés de multiples donateurs et partenaires, afin d'apporter un soutien financier à des musiciens, des artistes visuels et des entreprises culturelles. Malgré son jeune âge, il fait figure de référence dans la gestion de projets dont la mise en œuvre a un impact sur le capital symbolique de notre société.

Pour cette édition, la FAJ assure la gestion financière et opérationnelle du festival, en collaboration avec le Gabinete de Patrimonio Musical Esteban Salas, l'Asociación Cultural Habana Clásica (ACHC), dont le siège se trouve à Rome, en Italie, l'Oficina del Historiador de la Ciudad de la Habana (OHCH) et l'Instituto Cubano de la Música (ICM).
Les objectifs de Habana Clásica et de la FAJ sont alignés en termes d'intention et de finalité. Ils ont promu conjointement, dans le domaine de l'inclusion, des actions dont les principaux bénéficiaires se situent dans ce segment qui a besoin d'un réseau de soutien pour lancer et développer sa carrière. Cette année, le festival a réuni, avec plus de force et d'envergure, un groupe de jeunes âgés de 18 à 35 ans, comme Daniel Toledo Guillén (compositeur en résidence), ainsi que les interprètes italiens Edouardo Grieco (violon), Francesco Massimino (violoncelle) et Lorenzo Nguyen (piano), le duo polonais Karolina Mikolajczyk (violon) et Iwo Jedynecky (physharmonique) et la pianiste Noemi Zoon (Suisse-France). Rodrigo García (piano), Olivia Rodríguez (contrebasse), Alejandro Aguiar (percussion), José Ernesto Rodríguez (clarinette), l'ensemble de flûtes Op.5 composé de Samdor Ramírez, Leandro Larrea, Melisa Fiallo, Felipe Romero et Gabriel García, et Amaya Justiz (violoncelle), lauréate d'une des bourses attribuées par le FAJ.
En ces temps de crise et d'incertitude, l'union de Habana Clásica et de la FAJ a inauguré des voies alternatives pour répondre à la nécessité de motiver la production artistique des plus jeunes. La capricieuse Ariadna a marqué le destin de son écheveau de fils, elle l'a arrangé ainsi, parce que là où réside l'âme, il n'y a pas d'âge plus avancé qui prévaut, seul celui qui est consacré à la musique a de la valeur.